Things That Go Together | Cyprus, 2019

Entrevue avec Michael Anastassiades : élu designer de l’année 2020 par le salon Maison & Objet

Tandis que certains designers s’inspirent de la nature, de la sculpture ou de la musique, Michael Anastassiades puise quant à lui son inspiration dans l’univers fastueux de la joaillerie. Son approche ingénieuse lui a valu d’être choisi comme le designer de l’année 2020 par le Salon Maison&Objet à Paris, pour ses luminaires sublimes aux lignes sculpturales.

Rencontre dans le studio du designer chypriote installé à Londres depuis 1994 :

- Nous sommes actuellement dans votre atelier au nord de Londres, dites-nous en plus à ce propos.

Le studio comprend également ma marque de luminaire. Les deux entités ont toujours cohabité dans le même espace. L’entreprise et le studio grandissent ensemble, tout en devenant chacun un peu plus indépendants. Au début, il n’y avait que ma marque. Tandis qu’aujourd’hui, la distinction est claire : le studio conçoit autant pour ma marque que pour d’autres enseignes.

- Vous avez déjà collaboré avec de nombreuses marques prestigieuses. D’après vous, quelle est la chose primordiale à prendre en compte lorsque l’on entreprend une collaboration ?

Il faut que cela ait du sens. Je n’ai aucun mal à concevoir ou à créer pour n’importe qui ou même apposer ma signature sur quoique ce soit. Mais je considère qu’il faut qu’il y ait une raison substantielle pour travailler avec une marque. Non seulement, me concernant mais également concernant la marque et le contexte dans lequel nous travaillerons. Dans tous les cas, il est toujours intéressant pour un designer de s’engager dans ce type de projet. Nous avons déjà travaillé avec de nombreuses marques prestigieuses, et certaines possèdent d’ailleurs des méthodes de fabrication incroyables développées sur plusieurs années.

- Vous avez étudié l'ingénierie civile, puis obtenu une maîtrise en design industriel. Comment expliquez-vous ce revirement ?

Après l’université, j’ai longtemps continué à approfondir mes recherches dans le design. Je concevais hélas plus de choses conceptuelles que réelles, malgré ma volonté qu’elles le soient, c’était souvent loin d’être le cas.

J’étais tout de même invité à exposer dans de nombreux musées et établissements, mais il me manquait toujours ce quelque chose. En tant que designer, il me manquait ce lien avec l’industrie. J’étais passionné par les choses, par les objets. J’adore collectionner des objets, observer les objets, et cela constitue d’ailleurs une partie primordiale de mon travail.

Pour y remédier, j’avais alors décidé de prendre une décision. Bien que j’entreprenne de vastes recherches, comment concevoir concrètement pour l’industrie ? Les marques attendaient souvent de moi un certain type de projet, mais ne prenaient pas nécessairement la peine de comprendre mon objectif. J’ai alors décidé de prendre le contrôle de la situation au lieu d’attendre une opportunité incertaine. Plutôt que d’aller taper à la porte de partenaires potentiels, ce qui ne me correspondait pas, j’ai tout simplement commencé de rien et me suis débrouillé seul. En 2007, j’ai ouvert ma propre marque et tout est parti de là. Doucement mais sûrement. La marque a grandi, tout comme le studio.

Et puis 4 ans plus tard, Flos a manifesté son intérêt pour ma marque et ce que je pouvais potentiellement leur offrir. Notre première collaboration a fait des étincelles dans le bon sens du terme, puisqu’il s’avère que malgré l’approche directe de l’enseigne italienne, notre entente a fonctionné ! Ils ont rapidement soutenu ma marque et cela n’a fait que me conforter dans l’idée qu’il y a toujours une première fois à tout et que je pouvais être cette “première fois”. Il ne faut jamais attendre que ce genre d’opportunité vous file entre les doigts.

- Vos créations ont été exposées dans de multiples musées et établissements, notamment au NiMAC, centre d’art municipal de Nicosie à Chypre, à l’occasion de la rétrospective “Things That Go Together”. Comment s’est déroulée la préparation de cet événement ?

J’ai reçu l’invitation de la part du musée alors que j’avais déjà en tête l’idée d’une exposition à grande échelle. Il y avait déjà eu plusieurs propositions d’établissements du monde entier pour réaliser un événement de ce genre, mais celle-ci était particulière pour moi puisqu’il s’agissait de Chypre. J’ai grandi là bas et il me paraissait logique et évident d’exposer cette rétrospective dans mon pays natal.

Je l’ai vécu comme un challenge car en tant que designer, observer et revenir sur son travail peut toujours être délicat ; on s’efforce continuellement de regarder vers l’avant et non vers l’arrière. On pense constamment à notre prochain objectif. Néanmoins, parmi toutes mes créations de ces dix dernières années, il était intéressant de choisir celles qui me semblaient les plus pertinentes à exposer.

La rétrospective résumait clairement ma carrière sur cette dernière décennie. Bien que je n’ai jamais trop apprécié le terme “rétrospective” car il implique souvent la fin de carrière de quelqu’un, et je n’en suis qu’au début de la mienne ! Je pense que “milieu de carrière” est un terme plus adapté, voire même “vue d’ensemble”. “Vue d’ensemble de dix ans de carrière”.

- L’exposition présentait vos créations ainsi que des collections d’objets accumulés au fur et à mesure des années passées. Dites-nous en plus.

Il s’agissait d’une association de plusieurs choses : des expériences, des prototypes, des pièces uniques, des éditions limitées et de vraies créations fonctionnelles. Des choses autant onéreuses que peu coûteuses. Il y avait de tout. Et tout était exposé sur le sol, et non sur des socles, car je ne souhaitais pas créer de hiérarchie au sein de l’exposition. Mes créations étaient exclusivement mises en lumière grâce à mes éclairages, alimentés par des câbles installés au plafond, faute d’avoir des prises murales ou au sol.

- Pour en revenir à Flos, les lampes IC, créées en collaboration avec l’enseigne italienne, sont réalisées en verre opale et en laiton. Cette collection d’éclairages semble avoir rendu le verre opale particulièrement tendance dans le milieu. Comment choisissez-vous les matériaux avec lesquels vous travaillez ?

Je suis relativement ouvert sur l’utilisation de matériaux divers ; j’apprécie particulièrement ceux fidèles à leurs véritables natures, plutôt que ceux cherchant à être ce qu’ils ne sont pas. J’aime aussi choisir des matériaux et des finitions qui vieillissent bien avec le temps, plutôt que ceux qui restent les mêmes au fil des années. Je considère qu’il y a une esthétique incroyable dans la patine créée par le temps. J’aime penser qu’un objet est intemporel dans ce qu’il reflète et communique.

Je travaille les métaux et le bois. Je les appelle les “vrais” matériaux. Je n’ai rien contre le plastique mais je considère que les objets se doivent d’être conçus pour durer et non pour une durée limitée dans le temps.

- Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de cette transition entre le travail conceptuel et la création de pièces fonctionnelles ? En quoi la conception diffère-t-elle ?

Dans l’ensemble, la création conceptuelle repose davantage sur l’idée cachée derrière le produit. Dans mes travaux conceptuels pourtant, il ne s’agit pas que de ça. Beaucoup de mes créations électroniques ont été fonctionnelles. J’ai collaboré avec des ingénieurs en électroniques afin de développer des interfaces de logiciels stimulants. C’est mon devoir en tant que designer de concevoir des objets fonctionnels. Au final, plutôt que de devenir des réponses à des interrogations, mes conceptions soulèvent des questions, comme “ quel est le rôle des objets dans notre vie quotidienne ?”

- Pour quelle raison est-ce si important pour vous ?

J’ai toujours été attiré par l’univers des éclairages et on m’a toujours soutenu dans cette voie là. Avec plus de recul, je me suis rendu compte à quel point les luminaires n’étaient pas si différents des autres produits. Une lampe vit en deux temps : lorsqu’elle est allumée et lorsqu’elle est éteinte. Elle est, en règle générale, éteinte à 80% et allumée à 20%. Ces deux situations sont distinctes, c’est pourquoi il est nécessaire de les prendre en compte lors de la création. Non seulement, vous concevez sa forme, mais également la forme qu’elle prend lorsqu’elle sera allumée. L’éclairage est aussi important que la forme, puisque ces deux éléments interagissent ensemble.

- Est-ce que vous vous rendez dans un lieu en particulier pour puiser l’inspiration ?

Chacun a ses préférences. Je pense qu’il est illusoire de penser que je m’inspire dans un endroit précis. En réalité, on se trouve au quotidien dans des environnements peu inspirants et pourtant il faut faire avec pour s’inspirer. L’ouverture d’esprit est essentielle. Trouver le moyen de rester créatif et inspiré malgré tous ces espaces suffocants et pesants. C’est difficile mais faisable et surtout très challengeant.

- Avez-vous une préférence dans ce que vous concevez ?

Je ne veux surtout pas n’avoir qu’une seule chose à concevoir. Je prends chaque nouvelle création comme un nouveau challenge stimulant. Je ne réalise pas en priorité des chaises ou des luminaires au détriment d’autres pièces de mobilier. C’est assez périodique finalement ; je peux avoir une phase “table”, durant laquelle je les observe, je les étudie. Puis une phase “chaise”, et ainsi de suite. Mais je n’ai pas de préférence. Chaque objet constitue un challenge en soit.

Traduit de l'interview de Michael Anastassiades pour The Conran Shop

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