Les femmes d’abord. Les femmes designers emblématiques

Chez The Conran Shop, nous sommes fiers de célébrer le bon design, que son créateur soit un homme, une femme, reconnu ou en devenir. Pour célébrer la Journée Internationale de la Femme 2018 qui a eu lieu le 8 mars dernier, nous avons souhaité mettre en lumière des femmes innovantes et emblématiques du design à travers l’histoire, dont l’impact sur l’univers de la création de mobilier et de luminaire résonne encore aujourd’hui.

CHARLOTTE PERRIAND (1903 – 1999)

« L’extension de l’art d’habiter est l’art de vivre – vivre en harmonie avec les désirs les plus profonds de l’homme dans un environnement adopté et fabriqué.» – Charlotte Perriand.

Charlotte Perriand – Avec l’aimable autorisation de Cassina ©

Avec une carrière qui a duré 75 ans, Charlotte Perriand peut facilement être considérée comme l’une des designers françaises les plus influentes, avec un ensemble de meubles, de luminaires et d’œuvres architecturales emblématiques portant son nom. Cependant, le déroulement de la carrière qu’elle a menée était loin d’être simple, ayant eu à franchir dès le début des obstacles. Célèbre pour avoir refusé un emploi dans l’atelier de Le Corbusier, s’étant entendue adresser la célèbre réplique «nous ne brodons pas de coussins ici», les compétences avérées de Perriand furent initialement négligées. Ce n’est que lorsqu’elle expose son installation innovante «Bar in the Attic» au Salon d’Automne qu’elle parvient à convaincre Le Corbusier de son talent, ce qui lui vaut une offre de poste dans son atelier, où elle commence à travailler les systèmes de casiers de rangement, ainsi que les tables et chaises en métal.

Au cours des dernières années, son travail avec le Corbusier reste la plupart du temps non mentionné. L’éthique de travail collectif de Pierre Jeanneret, Le Corbusier et d’elle- même décrite comme les «trois doigts d’une main», les créations du trio étaient très collaboratives. Toutefois, jusqu’à ce que Cassina réédite les nombreuses pièces les plus emblématiques du groupe, les pièces étaient généralement attribuées à Le Corbusier uniquement.

Après avoir travaillé aux côtés de Jeanneret et Le Corbusier, Perriand travaille aux côtés de Jean Prouvé, concentrant, en raison de la guerre, leur travail sur l’ameublement des logements temporaires dans les casernes militaires. Elle voyage au Japon en 1940, découvrant un amour renouvelé pour les matières premières, tout en travaillant en tant que conseiller officiel sur le design industriel. Perriand reste au Japon et au Vietnam durant la Seconde Guerre Mondiale, son retour en France étant empêché par l’occupation allemande. Elle rejoint Le Corbusier et Jeanneret à son retour en 1950, créant avec eux l’Unité d’Habitation Radicale , un projet qui a transformé et unifié la maison d’après-guerre. erriand y  a intégre la cuisine dans l’espace de vie, en les séparant seulement d’un compteur haut.  Une création révolutionnaire éponyme, dont Perriand s’enorgueillit que cet agencement «ait permis à la maîtresse de la maison d’être avec sa famille et ses amis pendant qu’elle cuisinait. Fini le temps où une femme était complètement isolée comme une esclave à l’extrémité nord d’un couloir. ”

 

AINO AALTO (1894 – 1949)

Aino Aalto- Avec l’aimable autorisation de Artek ©

Le nom d’Aalto est indéniablement synonyme de bon design, bien qu’il soit rarement attribué aux réalisations d’Aino, mais plus facilement lié à son mari, Alvar. Le duo commence à travailler ensemble en 1924 et se marient un an plus tard, marquant le début d’une vie de design collaboratif en faisant  l’un des représentants majeurs d’un modernisme à visage humain.

Les Aaltos ont cofondé, avec Maire Gullichsen et Nils-Gustav Hahl, Artek, une entreprise mondialement influente, qui s’efforçaient d’accomplir une mission visant à introduire l’art dans le quotidien et à le rendre accessible au plus grand nombre.

Aino Aalto a ainsi joué un rôle essentiel dans l’entreprise en tant que Directrice du Design et, à partir de 1941, Directrice Générale. L’influence d’Aino s’étendait sur tout Artek. Elle dirigera son propre département de décoration d’intérieur, connu sous le nom de Drawing Office, qui façonnera la direction esthétique de l’entreprise dans chacune de ses catégories, et permettra la réalisation de son manifeste.

 

LILLY REICH (1885 – 1947)

Lilly Reich- Avec l’aimable autorisation du MoMA ©

Lilly Reich n’est pas un nom très connu dans le milieu du design, bien qu’elle ait ouvert son propre studio de design à l’âge de 29 ans, occupé la première en tant que femme le poste de directrice de la Deutsche Werkbund en 1920, et ait été collaboratrice personnelle et professionnelle de Ludwig Mies van der Rohe durant 13 ans.

La collaboration de Lilly Reich avec Mies van der Rohe se voit peu mentionnée. La chercheuse Christiane Lange affirme que le duo « a constamment échangé des idées artistiques » et a publiquement collaboré sur le mobilier, les exposition et l’architecture d’intérieur, même si peu de dessins peuvent être attribués Mies van der Rohe. En 1929, Lilly Reich est nommée Directrice Artistique de la Contribution Allemande à l’Exposition Universelle de Barcelone, où le célèbre projet du pavillon de Barcelone et de la chaise éponyme, sur lequel elle a collaboré et qu’elle a en partie conçu, a été dévoilé.

Le rôle de Lilly Reich dans les créations attribuées à Mies van der Rohe a été largement commenté : Albert Pfeiffer, Vice Président du Design & Management chez Knoll, a étudié leur collaboration de manière approfondie et est convaincu de la grande contribution de Lilly Reich dans les créations de Mies van der Rohe. Il note par ailleurs que “Mies n’a pas connu de réel succès avec le mobilier contemporain qu’elle a conçu avant ou après sa collaboration avec Lilly Reich.”

En 1932, Lilly Reich commence à enseigner au Bauhaus et à diriger l’atelier de décoration d’intérieur. Un an plus tard, l’école ferme en raison de l’occupation nazie, réduisant sa carrière d’enseignante à néant. Elle reste dans l’Allemagne occupée, ce qui entrave profondément sa carrière, mais elle réussi à sauver les archives de ses propres créations et celles de Mies van der Rohe, en emballant 3900 papiers et en les transportant chez un ami en Allemagne de l’Est. Avant la mort de Mies van der Rohe en 1969, il  fait don de la totalité de la collection  au Museum of Modern Art de New York, où elle demeure dans son intégralité à ce jour.

 

RAY EAMES (1912 – 1988)

“Tout ce que je peux faire, Ray peut le faire en mieux” – Charles Eames

Ray Eames- Avec l’aimable autorisation du Eames Office, LLC ©

mes est l’un des créateurs les plus prolifiques du design moderne, et quand on parle des femmes dans ce secteur, elle ne peut pas passer inaperçue. La célèbre collaboration entre Ray et son mari et collaborateur Charles Eames a eu un impact énorme sur le développement du design moderne, englobant l’architecture, le design industriel, le design de mobilier,  la fabrication, et les arts photographiques.

Le nom de Ray figure maintenant sur la plupart des créations les plus emblématiques du couple, un exemple rare de co-paternité. Auparavant, cependant, beaucoup de pièces qu’ils ont initialement conçues ensemble ont été attribuées uniquement à Charles lorsqu’il participa à des concours tels que le « Low-Cost Furniture Design » du MoMA de New-York en 1948.

Réputés pour leur partenariat hautement collaboratif, les deux designers ont développé de nouveaux designs en contreplaqué moulé et en plastique, créant des designs aussi emblématiques que la chaise DKW «Eiffel» et la Eames Lounge Chair.

Avec une formation précoce en peinture et en sculpture, l’œuvre abstraite de Ray est devenue l’inspiration principale du langage visuel partagé par le couple. En particulier, ses gracieuses sculptures en contreplaqué ont servi de base esthétique originale pour la série de chaises devenues aujourd’hui iconiques. En utilisant ses connaissances acquises pour créer des sculptures biomorphiques apparemment impossibles à réaliser à partir de contreplaqué, Ray est restée en retrait, tandis que Charles partait travailler, pour développer elle-même le procédé de chaise en contreplaqué. L’historienne de l’architecture Esther McCoy révèle : «Los Angeles s’est avérée être un choix parfait parce que [Ray était] proche de l’industrie aéronautique, qui lui a fourni les matériaux nécessaires pour construire les moules de ces chaises ».

Les différents dessins des Eames ont tous été créés par Ray, qui a conçu 26 dessins de couvertures pour le magazine Arts & Architecture, tandis que ses créations textiles aux formes géométriques audacieuses sont encore populaires aujourd’hui, et sont éditées par Maharam près de 70 ans plus tard.

 

FLORENCE KNOLL

“J’avais besoin d’un meuble, il n’existait pas alors je l’ai dessiné” – Florence Knoll

Florence Knoll – Avec l’aimable autorisation de Knoll ©

Florence Knoll est l’une des rares femmes designer à avoir eu plus de reconnaissance que son homologue masculin.

Elle s’être rapprochée de Hans Knoll avec sa pléthore de connaissances et de compétences déjà acquises à la Cranbrook Academy of Art, après avoir étudié avec Rachel de Wolfe Raseman, les Saarinens et Mies van der Rohe. Ils se marient et fondent Knoll, Florence occupant le poste de Directrice du Design.

Après la mort prématurée de Hans Knoll, Florence prend la direction de l’entreprise, concevant des douzaines de pièces qui sont aujourd’hui devenues des icônes, et reste à la tête de l’entreprise jusque dans les années 1960. Florence Knoll a célébré son 100ème anniversaire en 2017.

Vous pouvez retrouver les créations de ces femmes exceptionnelles et de nombreux autres designers inspirants en ligne et en magasin chez The Conran Shop. Retrouvez-nous bientôt pour la seconde partie de notre série relative à la Journée Internationale de la Femme, qui se tournera cette fois vers l’avenir en célébrant la prochaine génération de grandes créatrices.