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London Design Festival 2021 : rencontre avec Damien Poulain

Pour marquer le grand retour du London Design Festival chez The Conran Shop, l'artiste français Damien Poulain transforme les vitrines de notre boutique de Chelsea avec sa fascinante exposition "Magical Value of Shapes". On pouvait difficilement espérer meilleure toile de fond pour pésenter les 21 exclusivités de la rentrée 2021.

 

1. Damien, pouvez-vous nous parler de l'inspiration derrière la création de "Magical Value of Shapes" ?

"Magical Value of Shapes" fait référence au processus de création que je suis lorsque je réalise un tableau. J’assemble mentalement les formes et les couleurs accumulées dans mon esprit, et je prends note de la façon dont elles se rencontrent pour créer de nouvelles formes, des objets et des espaces. Tout ce que nous faisons dans notre esprit est un puzzle, et l'art consiste à présenter ce puzzle au monde entier.

C’est une chance de voir le monde non pas tel qu'il est, mais tel qu’on veut qu'il soit. Je voudrais que les spectateurs aient cette chance également. "Magical Value of Shapes" c'est aussi une réponse aux nouvelles étagères en place dans la vitrine de The Conran Shop à Chelsea. J’ai voulu créer une invitation à "entrer" dans la peinture, et à la vivre de l'intérieur. En donnant une dimension architecturale à la peinture, mon but est de faire naître une expérience extra-sensorielle.

2. The Conran Shop s'est associé avec vous pour de nombreux projets au cours des dernières années, dont une peinture murale dans nos bureaux londoniens. En quoi l'esthétique de The Conran Shop vous plaît-elle ?

The Conran Shop m' a offert la chance de travailler au sein d'une belle architecture, dans un univers design inspirant. Je suis principalement invité à réaliser des fresques et des installations monumentales, que je mets en perspective en fonction de l'architecture et des êtres humains qui y vivent. C'est ce qui fait des boutiques The Conran Shop des espaces idéaux pour travailler, car ils me permettent de faire partie de l'univers "Conran", à la manière d'un cercle holistique, où le mobilier vit aux côtés de mes peintures murales.

J'ai toujours essayé de m'exprimer librement, sans me laisser étiqueter ou enfermer dans un genre. Mon travail est inspiré de tout ce qui m'entoure. Il est donc tout à fait logique de collaborer avec The Conran Shop, un lieu qui encourage le croisement des disciplines. Je passe du design à la peinture, de la couleur à l'architecture, de l'extérieur à l'intérieur, et j'utilise n'importe quel support pour m'exprimer. The Conran Shop fait partie de ces rares clients qui font appel à des artistes et qui, en toute confiance, les laissent ensuite manifester leur propre créativité dans un espace, sans imposer une seule contrainte.

Mon installation à Londres, "Magical Value of Shapes", est très différente de celle créée pour Paris. Elles le sont toujours, pour la simple raison que chaque nouveau projet est une nouvelle relation à l'espace. Mes installations ou mes peintures sont créées pour un espace spécifique, avec ses contraintes et ses limites. À Paris, j'ai réalisé une fresque de 16 mètres de long inspirée de ma série de peintures nomades "Painting The Territory", parce que je souhaitais transposer cette série, inspirée de la ville, sur les murs de The Conran Shop, en faisant entrer l'extérieur. La monumentalité de la peinture murale par rapport à la petite peinture d'origine créé un sentiment d'excès et une nouvelle architecture, avec des portes colorées comme ouvertes vers un autre espace.

3. Votre installation crée la toile de fond idéale pour accueillir notre nouvelle collection. Quelle est votre pièce préférée ?

Cette saison, ma pièce favorite est le rocking chair exclusif PP126 de Hans J. Wegner. Il y a quelque chose d'accueillant dans ses lignes. Je m'imagine dedans, en pleine réflexion, lisant un livre près de la fenêtre dans mon salon.

4. Pour en revenir à vos débuts, qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le monde artistique ?

Ma pratique repose principalement sur des influences personnelles, et tout ce que je réalise est en quelque sorte lié à ma jeunesse et à mon éducation. J'ai grandi dans un environnement relativement dénué d'art. Mes parents n'appartenaient pas à ce monde, et je n'ai pas eu accès à une éducation artistique. La majorité de mes premières interactions avec le milieu s'est passée dans la rue, ou lorsque je me procurais des objets. Par exemple, mon regard était souvent attiré par la publicité, les panneaux d'affichage et les bandes dessinées ; des éléments du langage graphique et visuel avec lesquels j'étais en contact tous les jours.

J'ai toujours eu un esprit créatif et j'ai toujours cherché à aiguiser ma sensibilité artistique. Mon désir d'exprimer des idées à travers toutes sortes d'activités manuelles était insatiable. Je m'évadais dans la lecture, je feuilletais les même livres encore et encore, puis j'essayais de dessiner mes propres versions des personnages. Je ressentais le désir de connecter tous mes sens en fabriquant des objets, dès le début, avant même d'avoir une idée de ce que signifiait faire de l'art ou être un artiste. À l'époque, dessiner, peindre ou créer quelque chose était quelque chose d'intuitif et impulsif. J'essaye de préserver cette spontanéité maintenant adulte. C'est pourquoi mon art se compose aujourd'hui d'une constellation de moyens et de techniques différents, dont l'architecture et le design, et même la peinture à la bombe.
J'aime faire ce qui me semble juste, comme laisser mon intuition me guider et explorer sans limite les possibilités de chaque nouveau projet.

5. Vous vous inspirez des symboles shintoïstes, primitifs et héraldiques, entre autres ; comment avez-vous découvert ces symboles ?

J'ai passé toute mon enfance dans un immeuble de banlieue situé dans une ville de taille moyenne en France. C'était un endroit relativement banal. Il n'y avait pas beaucoup d'activités à faire dans le coin, donc je passais beaucoup de temps à la maison, seul dans ma chambre. Mon univers n'était alors rempli que d'un petit nombre de livres et de bandes dessinées, et certains d'entre eux ont été déterminants. Avec le recul, c'est comme si chacun d'eux était un minuscule point de départ pour créer mon univers, comme des coordonnées sur une carte, une série de points interconnectés.

Enfant, on ne comprend pas vraiment comment les choses se font, ou pourquoi certaines choses parlent plus que d'autres, on vit simplement, et les connexions se révèlent d'elles-mêmes. C'est exactement ce qui m'est arrivé. Certaines des inspirations que vous avez mentionnées dans votre question sont des choses qui m'ont intrigué dès mon plus jeune âge. Ce n'est que plus tard que j'en ai réalisé la véritable portée. Par exemple, j'avais l'habitude de lire et de copier le dictionnaire illustré que j'avais reçu pour un de mes anniversaires, et je passais un temps infini à étudier les cartes du monde et à reproduire chaque drapeau. Ça a sans aucun doute contribué à ma passion de la découverte d'autres cultures. C'est aussi là que les influences héraldiques sont apparues. J'ai beaucoup dessiné et rêvé de m'évader pendant ces années. En grandissant, cette nostalgie s'est transformée en action. Tout ça m'a poussé à devenir d'abord graphiste, puis artiste.

Quand je parle d'influences shintoïstes et primitives, j'entends par là l'essence de nos cultures, la naissance de nos civilisations et nos origines. Ces inspirations sont apparues beaucoup plus tard, vers la trentaine, lorsque j'ai enfin pu voyager. J'ai découvert le Japon et l'Afrique. Ayant reçu une éducation catholique et étant issu d'une famille dévot, la découverte du shintoïsme, en particulier, a été une véritable révélation pour moi. Ma vision du monde s'est élargie. Les symboles du catholicisme ne m'avaient jamais vraiment parlé. Pas de cette manière, en tout cas. Le shintoïsme est une religion qui place la nature en son cœur, décentrant l'humain, une façon radicalement nouvelle de penser et de voir.

Si j'essayais de trouver une formule pour ce que je fais maintenant, je dirais que la façon dont les humains se déplacent et interagissent avec le monde, ainsi que la myriade de relations entre l'espace, la couleur, les gens et le mouvement sont autant d'éléments qui relient ce que je fais. Et quand je parle de mouvement, j'entends dans tous les sens du terme : mouvement physique, à travers les continents et les cultures ; mouvement métaphysique, à travers les époques et les plans d'existence et de compréhension ; et mouvement émotionnel, et ce que signifie toucher vraiment quelqu'un, ou faire évoluer sa façon de penser, en fabriquant quelque chose. C'est pourquoi je reviens sans cesse à la géométrie, car c'est un langage universel.

6. Vous avez exposé vos œuvres dans les plus grandes institutions. Laquelle est la plus mémorable, et qu'est-ce qui est le plus important pour vous lors d'une collaboration ?

Il m'est difficile d'en choisir une seule, surtout parce que chaque expérience apporte quelque chose de complètement différent de la précédente. Mais si je devais choisir, alors ce serait l'exposition au Design Museum Issey Miyake 21_21 à Tokyo. J'y ai été invité non seulement pour exposer mes œuvres, mais j'ai également eu la chance de créer une peinture sur place, et l'énergie qui s'en dégageait était vraiment incroyable. J'ai peint une table de ping pong pour que le public puisse jouer. C'était interactif dans tous les sens du terme. C'est le genre d'interaction que je recherche avec le public, soit en immergeant le spectateur dans mes peintures, soit en créant une installation qui génère un échange réel.

J'apprécie toujours que les conservateurs me donnent leur feu vert pour dynamiser un espace, car faire participer les gens de manière physique et créative est l'essence même de ce que j'aime faire, et ce genre de confiance est un honneur immense.

The Magical Value of Shapes (11)
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7. Vous vivez à Paris mais travaillez dans le monde entier, où aimez-vous le plus travailler ?

Récemment installé à Paris, j'ai vécu avant à Londres pendant 14 ans. J'appartiens toujours à ces deux endroits. Ces lieux m'ont façonné, et m'ont donné des racines pour grandir. Pour ce qui est de l'endroit où j'aime le plus travailler, c'est une question plus intuitive. C'est l'inspiration qu'un lieu suscite en moi qui a le plus d'importance. Je pense que je travaille mieux sur le lieu d'exposition, et lorsque je suis confronté à un environnement complètement nouveau.

Ces dernières années, j'ai effectué des résidences en Iran, au Japon, en France et au Sénégal. Chacune de ces expériences m'a fait réfléchir au monde dans lequel je vis et à la manière dont j'aimerais que les choses soient perçues. J'ai compris que la nature était importante dans mon processus, ainsi que la façon dont elle interagit avec l'architecture et l'Homme.

8. Comment pensez-vous que la pandémie a affecté votre art, si tant est que ce soit le cas ?

Elle m'a surtout amené à repenser mes priorités et à réfléchir à ce que signifient réellement voyager et créer de l'art. J'avais l'habitude de voyager dans des cultures entièrement nouvelles pour créer un grand nombre de mes projets, mais lorsque la crise sanitaire a explosé, ce n'était plus possible. Nos univers se sont "réduits", presque du jour au lendemain.

C'est surprenant de voir à quel point notre esprit s'ouvre dans différentes directions, et les nouvelles étincelles que cela peut faire naître. Je me suis mis à regarder plus près de chez moi, autour de mon appartement et dans mon quartier. Cela m'a permis d'établir une relation directe avec mon voisinage. J'habite dans un quartier à prédominance africaine. Plus je passais de temps dans ce quartier, plus je me rendais compte de tout ce qui se trouvait près de chez moi. C'est ce qui fait la beauté des grandes villes, non ?

Le monde vient à vous, les gens convergent d'endroits différents et construisent de nouvelles communautés. Vous pouvez constamment découvrir de nouvelles façons de vivre. J'ai donc commencé à créer de nouveaux projets, dans ma propre ville, avec ce que j'avais sous la main. J'ai également découvert de nouvelles régions en France, loin de tout, et idéales pour un artiste en quête de clarté et de nouveaux supports.

9. Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui souhaitent explorer une voie similaire à la vôtre ?

Soyez toujours curieux, et remettez tout en question, car la curiosité est l'état d'esprit le plus puissant pour tout esprit créatif.

Vous pouvez également voyager, pas forcément très loin. Ça peut être au bout de la rue. C'est la façon dont on regarde les choses qui inspire, pas l'endroit où on se trouve. La plupart du temps, on ne se considère pas touriste dans sa propre ville, pourtant la connait-on vraiment ? Visitez les centres d'intérêt locaux, regardez en haut, regardez en bas, et les choses qui étaient autrefois invisibles commenceront à apparaître. Garder les yeux ouverts est le début d'une ouverture d'esprit.

10. Qu'espérez-vous que l'avenir vous réserve ? Quel est votre prochain projet ?

J'ai hâte d'ajouter une nouvelle dimension à mon travail dans les années à venir. De passer à des pièces plus volumineuses avec des projets tridimensionnels, des sculptures monumentales et la peinture de bâtiments entiers. J'adorerais planifier des espaces architecturaux, ou même travailler sur les matériaux eux-mêmes pour produire une idée à partir de rien. Une idée qui a du sens pour les gens et les communautés. Je crois au pouvoir de l'art dans l'espace public, que ce soit dans la rue, au cœur de la nature ou sur les murs d'un espace clos. Je veux créer des œuvres qui reflètent cette passion.

Lorsque le moment sera venu, j'aimerais voyager à nouveau, pour peindre les fresques monumentales de ma série "Love Has No Size", que j'ai lancée à Téhéran, en Iran, et poursuivie en Tunisie et au Sénégal. Avant la pandémie, je devais partir pour l'Algérie et l'Afrique du Sud. J'avais prévu d'immenses fresques murales où le mot "Love" domine les rues et les bâtiments de villes souvent marquées par un passé difficile. Je suis un éternel optimiste, un romantique dans l'âme, qui pense de manière poétique et humaniste, alors ces grands gestes et ces proclamations d'amour me viennent naturellement. Si mon art incite quelqu'un à réfléchir à notre façon de vivre, alors c'est réussi.

De passage à Londres ? Découvrez dans notre boutique de Chelsea, l'incroyable installation de Damien Poulain, et venez célébrer la London Design Week le 23 septembre à partir de 18h (RSVP).

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